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A 37 ans, Jean-Marie Anglès promène nonchalamment dans Paris une dégaine d'éternel dandy adolescent. Autodidacte, il crée depuis l'enfance des figurines délicatement délirantes. Tout a commencé par un intérêt pour les maquettes : aux reproductions de maisons antiques et autres petits soldats s'est progressivement substituée une ribambelle de personnages sortis de son imagination. Un style hors du commun au service d'un esprit aussi fertile, tout un univers qui ne demandait qu'à naître a ainsi vu le jour sur une vingtaine d'années.

La ChinoiseAvant la sculpture, il y a le dessin. Mais tout en restant fidèle au crayonné comme étape primordiale de son processus de création, Jean-Marie Anglès donne sa véritable mesure dans le volume. Le spectateur explore des yeux les "dioramas", véritables petits tableaux en relief, comme il se perdrait dans le recoin miniature d'un univers à l'exotisme familier. Une simple feuille de couleur sert de fond au décor qui se résume à une évocation par quelques objets significatifs.
La silhouette ronde d'une porte dont les découpes se fondent en symétrie claire obscure, un vase Ming au premier plan sur lequel rebondit le regard, et voici l'écrin évident d'un film noir où dérivent les volutes fatales d'une espionne chinoise au galbe fuselé.

Le VoyageurComme l'explique avec flamme l'artiste, le 7ème art joue un rôle majeur dans son inspiration…
J.M. Anglès : "Le cinéma influence totalement mes œuvres car on peut les considérer comme des petites scènes de films qui n'existent pas. C'est pour cela qu'il est important qu'elles soient en volume. Et si on voyait l'envers de ce que je montre, on pourrait s'imaginer une équipe complète de tournage. Le cinéma "expressionniste" allemand (Nosferatu de Murnau, toute la période allemande de Fritz Lang ) m'intéresse pour la stylisation des cadres, des costumes et la place que tiennent les acteurs dans des décors non réalistes. Autre source d'inspiration: le cinéma-bis des années 60 (Margheriti, Riccardo Freda, Jess Franco, Mario Bava) et tous les sous-James Bond psychédéliques, "production franco-germano-italo-hispanique ". Ce que j'aime dans ces films, c'est que le style des 60's est poussé dans l'extrême jusqu'à la caricature ainsi que l'économie de moyen qui contraint à être ingénieux et à créer une atmosphère avec 3 francs 6 sous… Très important aussi, les films indiens "Bollywood" des années 70 avec ces femmes choucroutées, dansant, chantant dans des décors hallucinants… Je veux ajouter deux films japonais cultes: "Le lézard noir" (avec une brève apparition de Mishima en homme empaillé, partenaire pour l'occasion d'un célèbre travesti japonais dans une ambiance totalement pop) et "Les diablesses en collant noir". Pour en arriver à mon film préféré, il s'agit du Casanova de Fellini, qui viré en noir et blanc pourrait faire croire à un film allemand des années 20 par son décor très expressionniste mais bien que l'action se situe au XVIIIème siècle, on voit que le film date des années 70… C'est un XVIIIème siècle des années 70 ! Ce qui me fascine chez Fellini, c'est sa capacité à recréer un monde de toute pièce, un peu comme ce que j'essaie de faire avec mes œuvres."

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